Commissariat d’Expositions


100 Shahids – 100 Vies

« Bouleversant dans sa simplicité et son effort a célébrer la vie ». « Pari…énorme, audacieux…terriblement émouvant…projet inédit »
REP. #28. L’Orient le Jour. 13.5.2002.

exihiption

Exposition consacrée aux cent premières victimes de la répression israélienne de l’Intifada déclenchée le 29 Septembre 2000, afin de les faire sortir de l’anonymat statistique et d’honorer les familles vouées à vivre dans leur absence. Mon concept initial fut d’entreprendre une démarche artistique qui modifierait les formes de perception et d’affect, en assumant qu’elle reste artistique, avec l’indécidable des effets que cela suppose.

Chaque famille fut invitée à donner un objet intime du Shahid – ballon, baskets, jouet, cahier d’école, robe, pièce de broderie, tableau, keffieh, photo de famille… L’artiste franco-palestinien Samir Salameh attribua un espace propre à chacun, doté de la photo du mort et de l’objet, enchâssé dans un coffret translucide. Le rapport visuel des photos aux objets familiers donne à ces Shahids une visibilité « ordinaire », avec ce qu’elle comporte aussi de secret maintenu, où il les arrache à la fois à la simple invisibilité de ceux dont les vies en définitive ne sont pas comptées, soit aux visibilités constituées que sont la visibilité médiatique de la victime ou la visibilité religieuse et militante du martyr. Le récit personnel/biographie crée cette forme de visibilité en échappant à la fois à la compassion et à la célébration. Un des enjeux fut également de donner à ceux et celles qui viendraient voir leurs morts la possibilité d’un regard esthétique qui ne s’identifie pas au détachement de l’esthète mais à l’affirmation de la capacité de chacun à varier son regard sur son propre état et sa propre douleur.

La photographe Isabel de la Cruz dressa un cliché de chacun des objets pour le catalogue -« designed » par l’artiste Sharif waked- où figure une courte biographie de chaque Shahid.

Etymologiquement, un Shahid est un témoin fiable; ces 100 biographies constituent donc davantage qu’une somme de 100 morts. Elles sont le témoignage de la condition palestinienne, qui transcende et détermine le cours de chaque vie: quelque soit leur âge, leur milieu social ou leur région d’origine, les Shahids ont tous partagé la réalité de l’occupation. Cette condition commence avec la Nakba et son cortège de dépossessions et le déracinement qui s’ensuivit, elle se poursuit avec l’usurpation des droits essentiels et la misère de la vie de refugié, humiliation, enfances bafouées, exils odysséens, démolitions de maisons, assassinats et arrestations sont autant d’attributs de l ’«être» palestinien. Certains semblaient pourtant avoir soustrait le cours de leurs vies aux griffes de l’occupation, leur mort prématurée étant d’autant plus tragique que subite et inattendue. Pourtant, au-delà de la tragédie, ces biographies témoignent également d’une indomptable ténacité et d’une irréductible soif de liberté.

2001: Galerie Centre Culturel Khalil Sakakini, Ramallah . Darat al Founoun, Amman, Jordanie. Complexe Culturel d’Abu Dhabi, EAU. Centre d’Arts de Manama, Bahreïn. 2002: Dubai, Musée de Sharjah, EAU. Salle UNESCO, Beyrouth, Liban. 2003: Galerie Kid Ailack, Tokyo.  Musée de la Paix, Kyoto. Musée de Sakima, Okinawa. Galerie Centrale, Matsumoto. Musée des droits de l’Homme, Osaka.

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